Femmes rurales : réalités, vécus et nouveaux regards sociologiques
De son premier engagement bénévole dans l'association locale Familles Rurales de sa commune rurale, jusqu’aux responsabilités nationales, la présidente de Familles Rurales, Guylaine Brohan nous livre un témoignage sur la place des femmes dans nos territoires qui devrait vous inspirez en cette journée internationale des droits des femmes.
Arrivée en 1985 à St Georges de Montaigu (commune de Vendée) Guylaine Brohan accepte une petite mission de bénévolat dans l'association locale Familles Rurales pour s'intégrer. 40 ans plus tard, la présidente de Familles Rurales porte la voix de Familles Rurales au plus haut niveau.
Familles Rurales a plus de 80 ans. Quelle place les femmes y occupent elles aujourd'hui ?
Depuis sa création le mouvement Familles Rurales, destiné à améliorer le cadre de vie des habitants en milieu rural, a toujours donné une large place aux femmes. Les associations en secteur rural offre plus que des activités et des services : c’est un espace où les femmes peuvent participer activement à la vie locale et municipale. Grâce à cette implication, elles gagnent en visibilité, en confiance en soi et en reconnaissance. Il ne s’agit pas d’opposer les genres — chacun a sa place — mais de montrer que l'engagement est un formidable moteur d'affirmation de soi. Mon expérience de vie illustre ce cheminement et permet de mettre en lumière la réalité du parcours des femmes rurales.
En effet, votre propre parcours semble illustrer parfaitement ce cheminement. Tout a commencé par une rencontre inattendue…
Absolument ! Au printemps 1985, nous revenons en Vendée dans une commune de 4 000 habitants avec mon mari militaire. La présidente locale de Familles Rurales me propose, autour d’un café, de devenir bénévole pour remettre les factures de transport scolaire aux familles. Je n’avais aucune expérience associative, mais je voulais m'intégrer. J'ai accepté pour rencontrer les gens.
Et de cette petite mission, vous avez gravi tous les échelons ?
Oui, progressivement. Deux ans plus tard, je suis élue présidente de l'association locale. Cela m’a amenée à collaborer avec le maire, puis à rejoindre sa liste municipale en 1995. J’y ai passé 25 ans ! En parallèle, je poursuis mon engagement dans le monde associatif : je suis élue en 2013 Présidente de la Fédération départementale de Vendée, j'étais la première femme présidente de la Fédération depuis sa création. Cette même année, Dominique Marmier, alors président national de Familles Rurales, me propose d’intégrer le conseil d’administration national en tant que trésorière. En 2022, j’ai eu l’honneur d’être élue présidente nationale de Familles Rurales.
En parallèle de ces responsabilités, j’exerçais la profession de comptable unique dans une crèche. Je menais également une vie de famille avec deux enfants, aujourd’hui adultes, et trois petits-enfants.
Pourquoi l’engagement est-il, selon vous, si important pour les femmes en milieu rural ?
Parce qu’il apporte du sens, du plaisir et favorise la création de liens sociaux. Pour certaines, le travail ne permet pas toujours de s’épanouir ou d’accéder à des responsabilités. Le milieu associatif offre alors cet espace d’expression et de reconnaissance. C’est gratifiant de voir une personne introvertie prendre de l’assurance, apprendre à parler en public et obtenir la reconnaissance de son entourage. Les femmes s’affirment et deviennent légitimes sur tous les sujets, de la petite enfance à l'aménagement du territoire. Ce sont autant d’occasions de s’impliquer et de voir l’impact de son engagement sur la vie locale lorsqu’on améliore le quotidien des familles.
Quels sont les leviers pour faciliter cet engagement aujourd'hui ?
Tout reposent sur trois leviers. Pour encourager une participation accrue des femmes dans la vie associative et municipale, il s’avère nécessaire d’adapter l’organisation du temps de travail. Réduire les déplacements grâce, notamment, au télétravail, permettrait aux femmes de mieux concilier leurs responsabilités personnelles, professionnelles et leur engagement bénévole.
Le second levier consiste à comprendre que l’engagement s’inscrit dans différentes étapes de la vie et répond à des dynamiques évolutives. On doit tenir compte de l’évolution de vie d’une famille. Jeune maman, on s'investit souvent sur la vie locale et la défense des intérêts des familles de sa commune. À mesure que les enfants grandissent, le désir de s’engager prend une dimension plus large. Les femmes investissent alors des structures telles que les Communautés de communes ou les Fédérations départementales, élargissant ainsi leur champ d’action au-delà de la sphère locale. Lorsque les enfants quittent le foyer familial, une nouvelle opportunité d’engagement se présente. Les jeunes retraités, en particulier, constituent une ressource précieuse, notamment pour s’impliquer au niveau national. Se rendre à Paris pour participer à la vie associative nationale devient alors plus accessible, alors qu’auparavant, cela était compliqué en raison des contraintes professionnelles. L’observation des âges au sein des différentes structures, du local au national, témoigne clairement de l’évolution de l’engagement féminin.
Et enfin le troisième levier : donner envie . Les témoignages positifs des bénévoles ou élus engagés donnent envie et souvent cela ne se voit pas assez.
Pour conclure, quel est votre message aux pouvoirs publics pour ce 8 mars ?
Deux messages clés. D'abord, nous demandons depuis des années la création d’un véritable statut du bénévole pour reconnaître cet investissement. Ensuite, je dis aux élus : préservez les associations ! Elles sont des viviers de citoyens engagés. C’est une grande richesse pour notre pays depuis la loi 1901 . Ne les laissons pas tomber!
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